«Pouvoir d’achat. Une mesure simple, vertueuse et efficace : le titre-restaurant» – Tribune publiée dans l’Opinion

Par Roland Héguy (UMIH), Didier Chenet (GNI), Damien Verdier (GPS), François Asselin (CPME) et Ilan Ouanounou (Edenred France)

«Une augmentation de 11 à 15 euros de la valeur journalière maximale du titre-restaurant permettrait à la fois aux entreprises de contribuer à améliorer le pouvoir d’achat alimentaire de leurs salariés, mais également de soutenir l’économie locale de la restauration à table ou à emporter»

Les deux derniers scrutins électoraux ont été sans appel : la question du pouvoir d’achat figurait en première détermination du vote, traduisant une préoccupation majeure et structurelle des Français. C’est ainsi que le gouvernement a positionné le pouvoir d’achat comme sa priorité de début de quinquennat, avec sa traduction en projet de loi ad hoc, présenté au Parlement en juillet.


L’inquiétude des Français quant à leur perte de pouvoir d’achat s’exprime en particulier sur les prix de l’alimentation

Dans un récent sondage de l’Observatoire du pouvoir d’achat, les personnes interrogées placent ce sujet en tête de leurs préoccupations (88%), devant même la hausse des prix de l’énergie ou des transports (sondage Harris Interactive, juin 2022*). L’angoisse est telle qu’on pourrait assister, de la part de certaines catégories, à un renoncement partiel à l’alimentation, comme on a pu l’observer depuis plusieurs années pour le renoncement aux soins, ou à une alimentation de moindre qualité, porteuse de problèmes sanitaires à moyen terme.


Un outil de progrès social : le titre-restaurant

Cet outil pertinent est connu et utilisé par des millions de salariés. Il est d’ailleurs l’avantage social préféré des salariés français. Il est parfaitement adapté au besoin, car il est fléché précisément sur les dépenses alimentaires. Il suffirait d’augmenter le plafond maximal des sommes versées chaque jour travaillé par les entreprises à leurs salariés, pour contribuer à l’amélioration du pouvoir d’achat et la qualité de l’alimentation.

Cette innovation sociale née en France il y a 60 ans permet aux salariés à faibles revenus de diviser par deux le coût de leur pause déjeuner. Le sondage de l’Observatoire indique clairement qu’il existe des marges de manœuvre pour venir davantage en soutien du pouvoir d’achat : en effet, pour un tiers des bénéficiaires, il ne reste plus rien sur leur compte de titre-restaurant bien avant la fin du mois.

La valeur faciale des titres-restaurants a progressé bien en deçà des prix de l’alimentation ces dernières années. A titre d’exemple, en 2021, le plafond de la valeur faciale du titre-restaurant a augmenté de +2,5% (stable en 2020), alors que les prévisions font état d’une hausse des prix en 2022 jusqu’à +4,4% en France (Banque de France) et la BCE de perspectives d’inflation à plus de +5% en zone euro. Une augmentation de 11 à 15 euros de la valeur journalière maximale du titre-restaurant permettrait à la fois aux entreprises de contribuer à améliorer le pouvoir d’achat alimentaire de leurs salariés, mais également de soutenir l’économie locale de la restauration à table ou à emporter. Cette mesure est en effet vertueuse pour l’ensemble des parties prenantes : attractive pour les salariés, fiscalement avantageuse pour les entreprises, génératrice de chiffre d’affaires pour les commerçants et positive pour les finances publiques. En effet, du fait de la création d’activité économique, pour un euro de renoncement fiscal accordé au dispositif, l’Etat récupère 1,6 euro en charges et TVA (étude KPMG).

Preuve de l’efficacité de cette mesure, facile à mettre en œuvre car reposant sur un mécanisme existant, nombre de nos pays voisins l’ont mis en place depuis 2021, parmi lesquels l’Autriche, l’Italie, la Pologne, ou encore la Roumanie.

« Cette mesure est fiscalement avantageuse pour les finances publiques, car grâce à l’activité économique induite, elle génère plus de revenus que de coûts pour l’Etat »

Au moment où l’inflation s’accélère et les perspectives économiques deviennent incertaines, il est urgent de proposer aux entreprises un catalogue large de mesures de soutien au pouvoir d’achat de leurs salariés. Il est de même important de continuer à soutenir le secteur de la restauration, qui réalise plus de 15% de son chiffre d’affaires avec les titres-restaurants. Revaloriser le titre-restaurant permet de créer de l’emploi dans la restauration. En effet, pour 23 nouveaux bénéficiaires de titres-restaurants, un nouvel emploi est créé dans le secteur.

En parallèle de l’aspect économique, ce dispositif s’accompagne de son corollaire social essentiel. Il s’agit d’un dispositif paritaire, fondé sur le dialogue social en entreprise. Il constitue un facteur d’attractivité important pour les entreprises qui le proposent, dans une période de tension du marché du travail.

En cette période de fortes tensions liées à l’inflation, une revalorisation des titres-restaurant, librement appliquée par les entreprises dans le cadre du dialogue social, bénéficierait aux salariés, aux entreprises, aux restaurateurs et aux finances publiques.

Roland Héguy est président confédéral de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie) ; Didier Chenet est président du GNI (Groupement National des Indépendants) ; Damien Verdier est président du GPS (Groupement des Professions de Services) ; François Asselin est président de la CPME ; Ilan Ouanounou est directeur général d’Edenred France.

*Enquête réalisée par Harris Interactive en ligne du 6 au 13 juin 2022. Échantillon de 2035 personnes issu d’un échantillon de représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. À l’intérieur de cet échantillon ont été interrogés 904 salariés. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région et – le cas échéant – secteur d’activité de l’interviewé(e).

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